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Message de la Conférence épiscopale du Bénin sur le malaise politique actuel et la révision de la Constitution

Filles et fils bien-aimés de Dieu,
Citoyennes et citoyens de bonne volonté,

Appel pressant

Serviteurs de la vérité de l’Evangile (cf Jn 8, 32 ; Rm 8, 21), nous, Evêques  et  Administrateurs apostoliques de la Conférence épiscopale du Bénin (Ceb), fidèles à notre souci constant d’apporter  notre  modeste contribution à l’édification de la Nation, avons jugé bon de vous adresser ce message sur la crise socio-politique actuelle de notre pays et sur le projet de révision de la Constitution de notre République.
Le Bénin vit aujourd’hui dans un climat de fortes tensions, de divisions ouvertes, de malaise profond. La clameur du peuple, toutes  tendances confondues, nous parvient au quotidien. L’angoisse, l’inquiétude et la méfiance habitent dangereusement les cœurs. Comme citoyens et pasteurs, en charge de l’éveil et de l’accompagnement des consciences, avant de parler nous avons pris le temps d’observer, d’écouter les uns et les autres, en silence, dans la prière et la méditation. Pressés par le devoir de vérité dans la charité, et au regard des événements et mouvements en cours, nous venons à présent lancer, à chaque fille et fils de ce pays, aux acteurs politiques et responsables de la Société civile, et de manière particulière au tout nouveau gouvernement qui vient d’être formé, un appel pressant au dialogue, à la paix, à la confiance réciproque en vue de la cohésion nationale.

L’urgence d’un dialogue politique

L’une des facettes les plus critiques du malaise ambiant est le malaise politique. La mouvance et l’ensemble de l’opposition se toisent. La vraie communication est absente, sélective par moments, mais toujours empreinte de méfiance et de suspicion. Notre démocratie se porterait mieux, si les règles d’une saine coopération consensuellement établies étaient cultivées et entretenues. Le malaise politique actuel appelle à un dialogue qui ouvrirait à une meilleure connaissance réciproque des parties, à une appréciation  objective diversifiée, et par conséquent plus juste des problèmes. Le Pape François  déclarait récemment aux journées mondiales de la jeunesse à Rio (Brésil) : « Lorsqu’un responsable me demande un conseil, ma réponse est toujours la même : dialogue, dialogue, dialogue.  Entre l’indifférence égoïste et la protestation violente, il y a une option toujours possible : le dialogue » (27 juillet 2013). Le dialogue politique est la pierre angulaire de toute vraie démocratie.
En effet, les problèmes de tout un peuple ne sauraient être cernés, compris et résolus par un seul groupe. Cela requiert plutôt l’effort et la collaboration de tous les acteurs et responsables de différents secteurs, dans un esprit constructif de vérité, d’honnêteté et de sincérité, dans le respect fidèle des pactes conclus et le souci de l’intérêt général. Ce dialogue patriotique, c’est tout le peuple béninois qui le désire et l’attend impatiemment. Aussi, le recommandons-nous instamment, nous vos Evêques et pasteurs, d’autant qu’il représente, à notre avis, un préalable à la restauration de la confiance surtout dans un pays comme le nôtre, où les gens sont portés à la méfiance dès qu’ils ont l’impression que l’on veut se jouer d’eux.

Restaurer la confiance

Les expressions négatives et réactions de rejet que génère de plus en plus le malaise actuel sont aussi liés à une crise de confiance du peuple face à ses mandants et gouvernants.
Qu’il nous souvienne que Benoît XVI, lors de sa visite au Bénin, déclarait au Palais présidentiel le 19 novembre 2011 : « La personne humaine… veut vivre dignement ; … elle veut  être respectée ; elle revendique une gouvernance limpide qui ne confonde pas l’intérêt privé avec l’intérêt général, et plus que tout, elle veut la paix et la justice. En ce moment, il ya trop de scandales et d’injustices, trop de corruption et d’avidité, trop de mépris et de mensonges, trop de violences qui conduisent à la misère et à la mort ».
Qui oserait dire qu’un tel diagnostic ne correspond pas au marasme  politique  et économique qui nous frappe actuellement de plein fouet et qui nous aurait relégués parmi les pays les plus pauvres du continent et du monde ? N’est-ce pas le moment propice d’en prendre vraiment conscience pour nous remettre sérieusement en cause et nous donner les moyens de sortir de ce drame ?
Dans notre message du 2 octobre 2008, « Restaurer la confiance et préserver la paix » p. 9, nous écrivions déjà que « restaurer la confiance aujourd’hui passe par le respect du jeu démocratique, la conformité, par tous, à la lettre et à l’esprit de la Constitution du 11 décembre 1990, par la défense du bien commun comme unique motivation de l’action politique ».
La confiance constitue le ciment de toutes relations de collaboration et de solidarité. Sans la confiance, tout tourne à vide. Notre peuple a soif de dirigeants semeurs de confiance et d’espérance, capables de mobiliser nos énergies et nos intelligences pour construire ensemble un meilleur avenir. Cette démarche s’impose à nous tous comme un impératif pour une bonne gouvernance.
Certes, ici comme ailleurs, l’Eglise n’apporte aucune solution technique ni politique. Mais elle a le devoir moral de faire remarquer qu’en régime démocratique, aucune réforme qui suscite de fortes tensions et oppositions n’a jamais profité à un peuple qu’elle divise.

A propos de la révision de la Constitution

L’unité nationale et d’abord la dignité de notre peuple sont gravement mises à mal aujourd’hui par :
- la  pauvreté  sinon   la misère d’une large frange de la  population en manque dramatique du minimum vital, face à l’opulence d’une minorité;
- le nombre croissant de jeunes sans emploi et à l’avenir incertain ;
- les pratiques régionalistes, facteurs de discrimination et de division ;
- les accusations d’empoisonnement et de complot contre la personne du président de la République.
Voilà le contexte de mal-être dans lequel survient le projet de révision de la Constitution du 11 décembre 1990. Dès la transmission d’un tel projet par le gouvernement au parlement le 6 juin 2013, les populations ont réagi, mettant aux prises, et de plus en plus ouvertement, trois catégories de concitoyens : les protagonistes acharnés de la révision, les antirévisionnistes radicaux, enfin ceux qui acceptent le principe de la révision mais n’en voient pas l’urgence et n’en approuvent surtout pas la méthode.
Certes, ici comme ailleurs, l’Eglise n’apporte aucune solution technique ni politique. Mais elle a le devoir moral de faire remarquer qu’en régime démocratique, aucune réforme qui suscite de fortes tensions et oppositions n’a jamais profité à un peuple qu’elle divise. A qui et à quoi servirait la révision dans la division, sinon à mettre en péril la paix de la Nation ? « Pour servir la paix, respecte la liberté », disait Jean-Paul II (Message de paix de janvier 1981).  Il y a lieu de revenir à l’esprit consensuel et convivial de la Conférence nationale des forces vives, pour instaurer le dialogue politique et restaurer la confiance, comme nous le recommandions plus haut, d’autant que dans plus d’un pays de la sous-région, l’on est porté à toucher à la Constitution pour se maintenir indéfiniment au pouvoir.
Nous devons plutôt veiller à construire la cohésion nationale dans un esprit de service, mobilisant  les    différents    courants d’idées  et de sensibilités, même les plus opposés, avec le souci constant du bien de chacun et de tous.  Comme l’écrit l’Apôtre Paul, « revêtez des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonnés, faites de même, vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait » (Col 3, 12-14). Voilà la règle d’or d’une  cohésion  nationale d’autant authentique, constructive et durable qu’elle s’enracine dans notre foi en Dieu et se nourrit constamment de prières à l’Esprit de discernement, de tolérance et de persévérance.

L’appel inoubliable du Pape Benoît XVI au Bénin

En ces moments difficiles où notre vivre ensemble est mis à l’épreuve, nous  avons mal au cœur que notre patrie, notre premier bien commun, présente à la face du monde l’image d’un pays de turbulences et de violences inutiles, d’empoisonnements et de complots douteux, d’arrestations et d’emprisonnements fortement contestés.
Ce pays est tout de même celui de la toute première Conférence nationale qui a ouvert l’Afrique aux rêves du renouveau démocratique.
Ce pays est celui de notre vénéré Cardinal Bernardin Gantin que le Vatican a récemment honoré en instituant à Rome, à l’Université de Latran, la chaire qui porte son nom, pour la formation d’une nouvelle classe d’hommes politiques ; et ce fut en présence de notre chef de l’Etat, le président Boni Yayi.
Ce pays est celui dans lequel le Pape Benoît XVI nous a fait l’insigne honneur de séjourner, en signant, sous le regard de l’Afrique et du monde entier, l’inoubliable Exhortation Apostolique post-synodale « Africae munus » sur la réconciliation, la justice et la paix. C’est lui le Pape Benoît XVI qui a prononcé sur notre sol ces paroles inoubliables qui ont tout d’une vibrante interpellation : « Chaque peuple veut comprendre les choix politiques et économiques qui sont faits en son nom. Il saisit  la manipulation, et sa revanche est parfois violente. Il veut participer à la bonne gouvernance…
De cette tribune, je lance un appel à tous les responsables politiques et économiques des pays africains et du reste du monde. Ne privez pas vos peuples de l’espérance. Ne les amputez pas de leur avenir en mutilant leur présent. » (Discours au Palais de la République, 19 novembre 2011). Que par l’intercession de la Vierge Marie, l’Immaculée Mère de notre Sauveur Jésus Christ, Dieu bénisse et baigne de son Esprit de sagesse notre pays le Bénin, ses filles et ses fils !
Fait à Cotonou, le 15 août 2013
En la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie

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